Si vous connaissez un peu l’écosystème Microsoft, vous avez sans doute entendu parler de la communauté MVP. Ces Most Valuable Professionals nommés tous les ans par Microsoft Corp et qui sont la fine fleur des contributeurs de cet écosystème !

La période du mois de Juillet est marquée par les annonces des nouvelles nominations mais aussi des renouvellements. Hé oui, MVP c’est un titre qui se mérite ! Pour cette occasion, nous avons souhaité donner la parole à Benoit Sautière, Technical Officer Azure chez Cellenza qui vient de souffler sa dixième bougie. L’occasion pour lui de revenir sur ces 10 dernières années du programme, mais aussi de nous montrer l’évolution du parcours d’un consultant sur Azure.

 

Alors Benoît, passer le cap des 10 ans, ça fait quel effet ?

Le même effet quand on me dit monsieur. On prend un coup de vieux alors que pour moi c’était presque comme si c’était hier que j’étais nominé pour la première fois (2009). En fait, on est quelques-uns à avoir passer ce cap dans le programme MVP. Certains même en sont à leur 13ème voir 15ème bougie.

Cette année, cela signifie surtout d’ajouter l’anneau des 10 ans qui arrivera pendant le mois de Juillet directement des États-Unis.

trophee mvp microsoft

 

D’accord, mais revenons aux origines, comment es-tu devenu MVP ?

Il y a 10 ans, pour intégrer ce cercle très fermé des MVP, il fallait être recommandé par un autre MVP, avoir un blog avec du contenu technique et être présent sur les forums comme Technet.

Pour ma part, je sais maintenant que j’ai été recommandé à Martine Thiphaine (Responsable du programme MVP pour la France) par deux sources, dont l’une d’entre elle est toujours en activité chez Microsoft (il se reconnaîtra).

Je pense aussi qu’avoir travailler sur une technologie innovante à l’époque, Direct Access, ainsi qu’avoir co-animer une session aux TechDays de 2009, m’a beaucoup aidé pour ma première nomination. Il y a d’ailleurs plusieurs moyens d’être reconnu par Microsoft, voici quelques exemples :

  • Animer des talks dans des Meetups en relation avec les solutions Microsoft
  • Organiser des évènements, toujours en relation avec la Stack Microsoft
  • Rédiger des articles de blog ou encore des livres blancs
  • Contribuer à des projets Open-Source
  • Répondre aux questions sur StackOverflow ou sur des forums Microsoft / Affiliés

Bref, à chacun son approche. Le plus important c’est d’être engagé ! Tous les MVP le sont et y consacrent du temps. Cela nécessite également un peu de communication pour englober tout cela et pour montrer ce dont vous êtes capables.

Historiquement, j’écrivais beaucoup d’articles (plus de 560 sur mon blog à ce jour), on peut dire que j’ai été un serial-blogger par le passé. Aujourd’hui mes contributions prennent des formes plus diverses, je passe plus de temps dans les Meetups comme pour le mois du Cloud Azure en mars dernier.

 

Et avant le Cloud Azure, tu bossais sur quoi ?

Avec 10 ans passé dans le programme MVP, j’ai forcément été nominé sur des technologies « Pre-Cloud » !

Je parlais de Direct Access un peu plus tôt, cela date de la génération Windows 7 et Windows 8. Pour durer dans le programme, il est nécessaire de savoir se remettre en cause et adapter ce que l’on partage aux besoins des communautés. Je suis donc passé progressivement vers Enterprise Security (génération Forefront TMG / UAG, etc.), Cloud & Datacenter pour finalement arriver sur Azure.

Cela étant, les vieilles technologies ont leur intérêt. Personnellement, Direct Access m’a ramené aux fondamentaux que sont le réseau et la sécurité, deux piliers essentiels lorsqu’on commence à discuter d’Azure avec les clients. Ce sont deux domaines que le client connait déjà, cela permet de poser des bases communes. Avec Azure, une bonne connaissance du monde Open-Source est un plus, car c’est une thématique très présente dans Azure aujourd’hui. Mais on y reviendra.

 

En 10 ans, quelles évolutions a connu le programme MVP ?

Il y a 10 ans, on en était encore aux prémices d’Azure (Annoncé à la PDC 2008), un vrai truc de Geeks. Les communautés étaient formées autour des produits Microsoft. L’ouverture de Microsoft vers l’Open-Source s’est traduite par l’ouverture des communautés. La communauté DevOps ne se limite pas uniquement à Azure DevOps, l’écosystème est bien plus vaste. Les bénéfices de cette ouverture ont été de plusieurs ordres :

  • Multiplicité des Meetups organisés par des communautés
  • Ouverture vers d’autres technologies (Le Cloud, c’est pour beaucoup de la culture Open-Source)
  • Apprendre d’autres technologies (Docker, Kubernetes, Terraform, …)

Si historiquement, la culture Windows était très présente dans les communautés Microsoft, aujourd’hui, c’est beaucoup moins le cas. Cela se ressent lorsqu’on discute avec les clients. Ils choisissent Azure pour son ouverture sur le monde Open-Source. Au début des années 2000, c’était presque impensable. En 2009 (année de ma première nomination), Linux était juste une catégorie de nomination pour les MVP.

A mon sens, la plus grande évolution, c’est que le programme touche maintenant un public beaucoup plus large. A l’époque de Direct Access, je m’adressais principalement à ma communauté avec des articles sur ma technologie (IPv6, IPSEC, …). Il faut le reconnaître, c’était un truc de Geek, entre geeks (j’assume, j’étais fan de la techno). Aujourd’hui, nous devons toucher un public plus large. Je pourrais m’éclater à écrire des articles sur la gestion Azure Firewall à grande échelle mais ce qui intéresse le plus les clients aujourd’hui, ce n’est pas de savoir comment cela fonctionne en dessous mais bien d’assembler / gérer au mieux les ressources consommées.

Ces thèmes s’éloignent de la technique « pure » mais permettent de toucher un public plus « décideurs » avec un sujet comme la Gouvernance Cloud que l’on peut décliner à plusieurs niveaux :

  • Techniques
  • Sécurité
  • Finance (FinOps)

Ce qu’il y a sous le capot d’Azure, cela n’intéresse plus grand monde. Pour répondre à ces questions, il faut regarder les sessions « Inside Azure datacenter architecture » de Mark Russinovich, Chief Technical Officer d’Azure. Cela s’adresse à un public de connaisseurs avertis.

 

Et pourquoi ce switch vers Azure ?

C’est venu progressivement. La sécurité et le réseau m’ont amené à l’industrialisation de Datacenter (les serveurs dans le lointain « On-Premises »).

En fait, PowerShell a été un fil conducteur pour moi. Le Cloud impliquant l’automatisation, ça a été une évolution progressive. Contrairement à d’autres, je ne suis pas venu à Azure directement, je suis passé par la case « Cloud Privé » avec plusieurs générations de produits (DCS, Windows Azure Pack). C’est ce dernier qui m’a amené à Azure. Ça a été progressif, avec un premier client qui voulait se former sur Azure, j’ai donc dû me former moi-même.  La plateforme Azure de 2014 n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui.

 

Tu nous parlais d’Open-Source précédemment, quel rapport avec Azure ?

Par ce qu’Azure est une plateforme ouverte, l’Open-Source y a sa place, et Linux en premier lieu (plus de 50% des workloads hébergés sont basés sur des distributions Linux). L’adoption d’Azure par les clients ne serait pas la même si la plateforme se limitait à des services uniquement basés sur plateforme Windows (Même Windows embarque aujourd’hui un Kernel Linux aujourd’hui avec WSL 2). Bref, Azure est indissociable de l’Open-Source.

 

Pour toi, quelle(s) compétence(s) développer pour l’avenir ?

Pour ma part, Linux est devenu une composante essentielle dans l’apprentissage d’Azure, rien que pour l’orchestration de conteneurs avec Kubernetes et la galaxie des produits qui y sont associés (Helm, Consul, Vault, …). Voilà pour la compétence technique. L’écosystème est devenu si vaste qu’il est difficile de tout suivre.

Il ne faut cependant pas négliger les consommateurs des services Cloud. Dans des domaines comme la Data ou l’Intelligence Artificielle, nous sommes en relation direct avec les métiers pour répondre le plus précisément à leurs besoins. Comprendre les métiers est donc devenu essentiel. Pour ma part, le métier le plus proche en ce moment, c’est la direction financière car elle est très intéressée pour optimiser sa facture Azure. Parler Azure à un DAF n’est pas comme en parler à un DSI. Il faut apprendre à faire passer les bons messages et surtout comprendre ses besoins comptables, ce qui n’a rien à voir avec Azure.

 

Comme tu as vu évoluer Azure, comme tu juges son évolution ? Quels sont les cycles d’évolution ?

Avant le cycle des produits Microsoft était de trois ans. Aujourd’hui, cela semble une éternité !

Azure est un univers composé de plus de cent-cinquante produits (hors MarkerPlace pour les partenaires) qui évoluent en permanence. Il devient très difficile de suive toutes les évolutions. On doit donc se spécialiser. Si par le passé, je pouvais couvrir plusieurs domaines techniques, ce n’est plus possible aujourd’hui. J’ai coutume de présenter Azure comme un gigantesque jeu de Lego.

 

Et demain, comment vois-tu le programme MVP / sa communauté évoluer ?

Avec les années, on voit souvent les mêmes têtes dans les communautés, pourtant, il y a un renouvellement permanent sur tous les domaines d’expertise. Ce renouvellement est une bonne chose, cela force à se remettre en question (sinon je serai toujours expert en VBScript).

La première évolution visible de ces dernières années a été l’orientation vers le Business avec le programme Microsoft Regional Director qui met en valeur la contribution Business. Personnellement, j’y verrai bien des déclinaisons plus axées sur les métiers. La gamme Microsoft Dynamics se prête très bien à une approche verticale tout comme l’offre IoT d’Azure.

 

Ce n’est pas tout cela mais cela se fête ?

Sans faute !

Qui sait à dans 5 ans pour les 15 ans dans le programme MVP.