Dans la continuité de mes quatre précédents articles sur le FinOps, nous continuons son exploration au travers de l’analogie du coach sportif.

 

Comment devenir FinOps ?

Le coach sportif doit passer ses diplômes, il en est de même pour le FinOps.Couverture du livre "Cloud FinOps"

La discipline étant encore assez nouvelle (la fondation FinOps a été créée début 2019), le cursus est uniquement théorique. Je vous invite à découvrir l’essentiel dans cet excellent ouvrage de référence « Cloud FinOps », dont je recommande vivement la lecture.

 

 

 

 

Pour la pratique, la fondation FinOps anime des sessions de formation et propose le passage de la certification FinOps. Au terme de la journée de formation (deux demi-journées sur deux jours car c’est une formation à distance), il vous est possible de passer la certification associée. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait Août 2020, je suis maintenant un des FinOps Certified Practitioners Français. Je peux donc fièrement arborer ce nouveau badge.

Badge FinOps Certified Practitioners de Benoit Sautière

 

 

Quelles compétences pour devenir FinOps ?

Les participants de cette formation sont encouragés à avoir une culture générale du Cloud (comprendre au moins un Cloud Provider) mais n’ont pas besoin d’être des architectes experts rompus à la pratique. En fait, ce serait même contre-productif.  De mon point de vue, la formation Azure Fundamentals est largement suffisante pour appréhender les concepts généraux d’Azure. Des formations équivalentes existent chez les autres fournisseurs (AWS, GCP, OCI). Le plus important n’est pas la compréhension du fonctionnement technique des services mais des implications sur la facturation des services consommés.

 

Le FinOps est avant tout un technicien du chiffre avant d’être un expert technique du Cloud. L’ouverture d’esprit et la curiosité sont des compétences essentielles pour un FinOps tout comme la capacité à s’adapter à ses interlocuteurs. Si le Coach sportif peut proposer des séances de CrossFit à ses stagiaires voulant repousser leurs limites (sous réserve de ne pas dépasser leurs limites physiques), le FinOps ne peut pas adopter la même approche au risque d’une fracture de production.

 

 

Sport individuel ou sport collectif ?

Comme déjà abordé dans le billet « Parlez-vous FinOps ? », FinOps est avant tout une démarche collaborative. Le FinOps n’est donc pas un sport individuel mais bien un sport collectif. Il y a bien une recherche de la performance (l’atteinte d’une forme de frugalité dans notre consommation Cloud). La démarche nous pousse aussi à la compétition, en premier lieu avec nous-même (notre facture des périodes comptables précédentes), et par extension vis-à-vis des autres consommateurs Cloud dans l’entreprise. Si on devait rechercher des analogies avec le monde sportif, je vois quelques exemples :

  • Le barreur dans un aviron. Positionné à la poupe (à la barre), regardant la proue, c’est lui qui coordonne les rameurs. Il doit s’assurer que tout le monde va dans la même direction. Le FinOps est à la barre et cela commence souvent par du rafting dans les rapides en essayant que notre embarcation ne prenne pas l’eau ou pire qu’elle ne se retourne avec la prochaine facture Cloud / dérapage budgétaire.
  • Le directeur sportif d’une équipe de cycliste. En effet, faire gagner l’un d’entre eux sur une étape ne fait pas gagner le Tour de France, le contre la montre par équipe est bien souvent l’épreuve juge de paix. Ce qui compte c’est que l’équipe gagne le Tour de France sans dopage (mauvaise refacturation qui donne l’illusion qu’on a réduit les coûts ou qu’on les a masqués dans des coûts de structure ou génériques). Pour le FinOps c’est pareil. Ce n’est pas lui qui gagne la course mais ce sont les recommandations qu’il communique à ses équipes qui font gagner l’équipe FinOps.

 

 

L’âme de compétiteur du FinOps

Que le FinOps soit compétiteur est une bonne chose, il doit aussi insuffler cet état d’esprit à tous les acteurs avec lesquels il collabore pour les pousser à mieux consommer le Cloud, et à cultiver la frugalité dans la durée. En développant la visibilité des coûts, chaque acteur impliqué est capable de se comparer aux autres et déterminer de lui-même ses propres axes d’améliorations. On rentre alors dans un cercle vertueux.

 

 

Les outils du FinOps

Si le Coach sportif dispose de nombreux outils (la salle de sport est pleine d’outils de torture, en renouvellement perpétuel pour mieux séduire les néo-sportifs post-confinement), ce n’est pas aussi simple pour le FinOps. Il n’existe pas d’outil magique pour ces coachs, à cela plusieurs raisons :

  • Avant de choisir un outil, il faut mettre en place sa méthodologie (un langage commun, une définition des indicateurs de performance, un suivi). Chaque environnement est différent et ce n’est pas un outil qui peut imposer à une organisation un mode de fonctionnement. Le coach sportif a, quant à lui, quantité d’outils à disposition pour torturer les néo-sportifs post-confinement.
  • Les outils « FinOps » ne sont pas gratuits (loin de la), le gain dégagé par ces outils (être en mesure de faire mieux avec le même budget voire moindre), tendra à se réduire dans le temps car on aura adressé les grandes masses budgétaires en premier (IaaS, bascule en réservation, …). Avec le temps, le gain devient donc plus faible alors qu’il ne peut être que moindre à moyen terme. Sur le long terme, c’est une autre histoire car au fur et à mesure que notre culture FinOps se développe, les financiers « purs et durs » commencent à comprendre que notre démarche est vertueuse et même fructueuse. Ils voudront donc faire perdurer cette démarche dans le temps en basculant le mode de valorisation des charges de « Showback » vers « ChargeBack ». A court terme, l’investissement dans un outil estampillé « FinOps » est compliqué. D’une part, ils ne sont pas nombreux sur le marché et pour ceux déjà présents, ils s’adressent à des structures de grandes tailles (cloudability par exemple). S’il vous faut un outil, c’est actuellement « cloud» que je regarde pour plusieurs raisons :
    • Il est français. Ce n’est pas par chauvinisme mais quand on va parler finance, autant parler la langue maternelle de notre Directeur des Affaires Financières.
    • Son mode de facturation est  forfaitaire. Même si le produit est encore en cours de développement, son mode de facturation le rend particulièrement intéressant. C’est un coût fixe quel que soit le gain (faire mieux avec le même budget voire moindre) qu’il va engendrer.
    • Sa roadmap. Certes l’outil est toujours en cours de développement et se focalise sur AWS aujourd’hui mais la prise en charge d’Azure est en cours de développement. A ce stade, l’outil se focalise sur la phase « Inform » de la méthodologie FinOps, la phase la plus importante car c’est à ce stade qu’on rend lisible notre consommation Cloud. Sans les données fiables de cette phase, pas possible d’envisager les autres étapes que sont « Optimize » et « Operate ».

 

Jamais sans ses données de facturation

La matière première du FinOps ce sont les données de facturation issues du fournisseur CSP. Azure Cost Management propose d’exporter les données, on dispose de la matière brute, il ne reste plus qu’à les raffiner (notamment avec les calculs des indicateurs, …). Pour le FinOps, le logiciel de tableur Excel ne sera pas d’une grande utilité. Au vu du volume de données à ingérer, il faut voir plus grand (Datalake) avec Power BI on disposera d’un excellent outil pour analyser nos données, créer des dashboards et les scorecards que nous allons mettre à disposition de nos interlocuteurs pour suivre leur performance dans le temps et prendre des décisions.

 

Finalement, le véritable outil du FinOps, c’est sa compréhension comptable de l’impact de la facture Cloud sur les comptes de l’entreprise. Le mode de facturation « Pay as you Go » peut être perçu comme une hérésie pour le directeur financier. Pour lui, c’est une charge d’exploitation. Or, c’est ce qu’il cherche à maîtriser dans sa quête d’optimisation de l’Excédent Brut d’Exploitation (que l’on peut traduire en : Bénéfice avant impôts, dépréciations et amortissements). Cette compréhension comptable (et l’exploitation au mieux du « Price Plan » du fournisseur CSP) permet de ventiler cette charge dans d’autres postes comptables et donc d’en réduire l’impact.

 

 

Les qualités du FinOps

  • Pragmatique : il n’y a pas une voie unique dans le FinOps. La réduction des coûts à tout prix n’est pas dans la philosophie. Ou alors c’est qu’on cherche à couper des têtes. Il faut donc être pragmatique. C’est une culture d’entreprise à développer au même titre que DevOps.

 

  • Rationnel : il formulera ses recommandations sur des métriques (KPI) avec des moyens de les suivre dans le temps pour mesurer l’impact des décisions qui seront prises. Il n’est pas question pour lui de faire du saut à l’élastique tous les mois avec sa facture Cloud. A un moment, l’élastique va lâcher (la production tombe) ou pire, on rentre en collision avec la terre-ferme (collision frontale DSI face à du DAF), la loi de la gravité financière va l’emporter.

 

  • Curieux : le Cloud évolue en permanence, à lui de comprendre quelles sont les nouvelles possibilités qui s’offrent à lui pour proposer de consommer mieux avec le même budget.

 

  • Polyglotte : au début, il devra savoir parler Cloud, FinOps, Finance, IT, Business, … afin de comprendre tous les acteurs (qui eux ne se comprennent pas aujourd’hui) et leur proposer une langue commune, celle du FinOps.

 

 

Pourquoi participer à la formation FinOps ?

Même si la formation « Practitioner » n’est que théorique (d’autres niveaux de certifications sont prévus plus tard), elle est très intéressante car elle est basée sur l’échange entre les différents intervenants. La formation est animée, en grande partie, par les fondateurs de la Fondation FinOps, pour qui, c’est leur métier au quotidien. Ils travaillent dans des grandes entreprises pour lesquelles la maîtrise des coûts est essentielle et leur retour d’expérience est précieux.

 

Côtés participants, nous sommes tous différents, si on devait constituer le panel représentatif de ma formation, il se décomposerait ainsi :

  • 33% consulting
  • 33% big IT compagnies (Apple, Microsoft, …)
  • 33% business
  • 1% moi

 

Il fallait bien une exception dans le lot de cette formation, catégorisé « Finance » mais aussi « IT » dans les jeux de rôles proposés, autant dire un peu schizophrène. J’étais le seul participant francophone. Les français sont finalement très peu représentés (un peu plus d’une trentaine de certifiés à ce jour). Le sujet semble encore être à la marge, pourtant dans la période actuelle, nous allons devoir apprendre à consommer mieux (le Cloud) pour en tirer le meilleur parti au meilleur prix.

 

 

Pour conclure

Vous l’aurez compris, le FinOps est avant tout un technicien du chiffre. Il a besoin de connaître les fondamentaux des principaux fournisseurs Cloud uniquement pour comprendre les interdépendances entre les ressources consommées et les implications sur la facturation. Avoir de bonnes notions en comptabilité générale des entreprises est nécessaire. Elles permettent de comprendre l’impact de la facture Cloud sur le bilan de l’entreprise et de choisir la bonne stratégie à appliquer pour ventiler ces coûts dans le bilan comptable.

 

Vous l’aurez compris, le rôle du FinOps n’est pas d’être un « Cost-Killer » mais plutôt un observateur neutre (eu aucun cas partie prenante pour un acteur ou un autre). Il devra fournir les bons indicateurs aux bonnes personnes afin que celles-ci puissent prendre des décisions éclairées, que ce soit en termes de technique, business et même comptable. Le FinOps n’est donc pas un architecte Cloud qui va « re-architecturer » une application pour la rendre plus frugale en ressources Cloud. Cependant, c’est lui qui aura fourni les indicateurs aux différents interlocuteurs pour prendre la décision d’opérer cette transformation ainsi que de leur prouver dans le temps que ce choix a produit les effets escomptés.

 

Bref, FinOps est bien un métier à part dans le Cloud. Pour développer cette culture dans une organisation, le plus simple est de commencer dès le début. Il est en effet beaucoup plus difficile de corriger les problèmes à posteriori. Le Cloud Center of Excellence (CCoE) est un excellent incubateur pour développer cette culture au même titre que DevOps. Si cette voie vous intéresse, je vous encourage vivement à suivre la formation « FinOps practitioner » dispensée par la FinOps Foundation.