Arnaud vous a fait deux retours sur le Scrumday 2013, un en tant qu’organisateur et un en tant que spectateur. Mais, partant du principe que plus on est de fous, plus on rit plusieurs avis valent mieux qu’un, voici le mien.

Je dois bien avouer que je ne savais pas à quoi m’attendre. Il existe de nombreuses réunions d’agilistes à Paris, de qualité et de niveau très variables. Me voici donc en route en ce 11 avril vers la galaxie très très lointaine de Bois-Colombes. La journée a lieu dans les locaux d’IBM France et ils se prêtent fort bien à ce genre de manifestation : deux amphis, beaucoup de salles, deux grands halls… Mais venons-en au vif du sujet.

Culture Hacking

Toute bonne journée de conférence commence par une plénière. On démarre donc par une présentation du Scrumday, du French Scrum User Group, un appel de fonds, un appel aux candidatures pour Palo IT, et une présentation des sponsors. Mais on enchaîne surtout par une Keynote de Robert Richman qui nous parle de Culture Hacking. Mais qu’est-ce que la Culture Hacking ? C’est comment créer, modifier et utiliser la culture pour (en gros) se servir de l’énergie dégagée pour travailler plus efficacement. Ça part de Burning Man, où on créé de la culture éphémère pendant une semaine, à Zappos, un des plus beaux exemples de culture d’entreprise à l’heure actuelle, en passant par les endettés anonymes. Un fil conducteur fait rapidement son apparition : la remise au centre des préoccupations de l’humain. La conclusion est très souvent la même : si on n’est pas épanoui dans son métier, on le fait mal. Donc soyez honnête, soyez créatif, soyez positif. Ce sont les valeurs fondamentales qui permettent d’avancer.

On en arrive aux 5 hacks :

  1. La façon dont vous entrez dans une pièce peut changer sa culture. Le premier aperçu est fondamental, et la culture véhicule aussi beaucoup par les non-dits.
  2. Détruisez. D’abord parce que c’est plus rapide et facile que de construire. C’est également parfois plus efficace que d’empiler des nouveautés. Sachez vous débarrasser sans scrupules de ce qui vous ralentit.
  3. La vie en entreprise n’est pas un médicament. N’y cherchez pas ce que vous ne trouvez pas à l’extérieur. En revanche, l’inverse est très vrai ! Inspirez-vous de ce qui marche bien dans la vie personnelle pour améliorer votre vie professionnelle.
  4. La frustration, c’est de l’énergie : Utilisez-là. Elle peut facilement être transformée en énergie créatrice.
  5. Utilisez les rituels pour créer de l’énergie. Ils servent à cadencer une journée et à la lancer ou relancer.

Et étonnement (ou pas du tout), on retrouve beaucoup de ces points dans l’agilité et Scrum en particulier : les rituels, la destruction d’obstacles, l’utilisation intensive d’énergie humaine. La présentation est très américaine dans sa forme. Mais le message transmis reste très intéressant.

Les sessions

Product Ownership dans le brouillard

La rétro de Gilles Mantel et Audrey Pedro de Xebia présente les outils à disposition du Product Owner pour faire émerger rapidement et efficacement des besoins dans le cadre d’un projet à faible visibilité. Context Map, Whole Product, Story Map, Personas et Innovation Games forment ensemble les antibrouillards du PO. Ce dernier a aussi à sa disposition un ensemble de balises GPS lui permettant de savoir où il en est : Blue Ocean Strategy, rétrospective, tests exploratoires, options réelles et spikes. On balaye pendant 45 courtes minutes une belle batterie d’outils.

La session est de bon niveau, avec des speakers qui connaissent leur boulot. Bien joué.

1 Feature Owner, 5 PO, 5 Teams, 4 Great Products

One man show de Bertrand Dour. Le parallèle est fait entre des équipes travaillant sur des produits et un groupe de rock où chacun a une partition, mais participe à un même morceau, un même album, voire une même carrière. L’accent est mis sur l’importance d’un Feature Owner, garant de la cohérence de ce que produit le groupe sur le long terme. Il est le manager, qui fait le pont entre le groupe et la maison de disques. On portera également une forte attention aux équipes dépendant les unes des autres, en donnant si possible un sprint d’avance à l’équipe proposant des services à une autre.

Agilité et Starcraft II

La séance ludique par excellence. Dommage que le joueur pro devant initialement faire la session avec Christophe Héral n’ait pas pu être là finalement. Et on sent que la présentation est encore en rodage. Mais même en l’état, quel joli exercice ! Christophe, joueur de son état, décompose l’arsenal à la disposition des adversaires de Starcraft 2, comme de la plupart des jeux de stratégie, et fait un astucieux parallèle avec l’agilité sur les points suivants :

  • Feedback
  • Gestion du temps
  • Amélioration continue
  • Congruence
  • Communication
  • Dualité entre micro et macrogestion

 

Agilité et médecine

Cette deuxième et dernière keynote est animée par le Dr Dominique Dupagne. Alors que je m’attendais à un retour d’expérience sur l’utilisation de Scrum dans l’informatique médicale, je suis bien pris à contrepied. Cette – bien trop courte – session fait un beau rapprochement entre la nature, les structures organisationnelles et l’agilité.

Notre cerveau est-il plutôt agile ou hiérarchique ? Quelle organisation adopte la Nature ? Le discours est bluffant de simplicité. On balaye durant une courte 1/2h le décodage de l’ADN, le système immunitaire, les bonobos… Une belle bouffée d’oxygène.
Il faudra surveiller les publications sur Scrumday.fr pour voir la vidéo, elle vaut vraiment le coup.

Conclusion

Relativement sceptique dans un premier temps sur son contenu, je suis revenu très satisfait du Scrumday 2013. Le niveau général des intervenants a été excellent et ça a été l’occasion de croiser des têtes connues, de coller des têtes sur des noms connus, mais aussi de rencontrer de nouvelles personnes intéressantes. On sent une véritable volonté de sortir l’agilité de l’informatique et de montrer que ses principes s’appliquent dans de nombreux domaines. Exercice réussi.

A l’année prochaine, sans aucun doute.